Cette transition finira-t-elle en beauté ? Si tel est l’espoir de la majorité, le doute commence à s’insinuer au vu de la tournure des évènements. Car c’est des décisions du pouvoir transitoire lui-même que peut venir les conflits majeurs. A moins qu’il n’y ait un revirement d’attitude spectaculaire
Lors de sa dernière allocution hyper-médiatisée de l’autre semaine, M. Andry Rajoelina a laissé entendre que son désistement pour les futures présidentielles, tout comme le processus politique à venir, à l’instar du « dialogue national » et du calendrier électoral (referendum, présidentielles), devraient en principe amener la paix sociale et faire entrer le pays pacifiquement dans l’ère de la IVème République. Le vœu de tous est effectivement de revenir à une vie sociale normale, loin des tumultes stériles. La population a assez souffert de cette situation chaotique. La question est de savoir si un tel souhait se réalisera au vu des multiples embûches qui ne manqueront pas de surgir et dont la plupart émane potentiellement du pouvoir transitoire. Les hostilités n’ont d’ailleurs pas tardé à se manifester. Ainsi, le premier ministre Camille Vital, apparemment galvanisé par la décision de M. Andry Rajoelina verse dans la solution de facilité et brandit le bâton. « Maintenant, nous allons sévir et n’acceptons plus les manifestations de toutes sortes qui n’ont plus leur raison d’être vu que la logique derrière celles-ci est la mise à l’écart de M. Andry Rajoelina des prochaines présidentielles. » Etrange raisonnement. La menace a été immédiatement suivie d’effet avec l’épisode de l’arrestation mouvementée des membres d’autres mouvances pendant une émission à la radio Fréquence Plus, le samedi 15 mai dernier. Le relâchement de ces « opposants » ne dissipe pas la crainte d’actes violents répétitifs qui vont émailler les prochaines semaines. Quoiqu’il en soit, de tels agissements ne feront que faire fondre avec une vitesse grand-V le capital de sympathie populaire envers le pouvoir transitoire. Les dirigeants réalisent-ils que des dérapages (incontrôlables ?) de cette sorte amenuisent leur chance lors des consultations électorales à venir? Même ceux qui n’ont que peu de sympathie pour les autres mouvances, le précédent régime en particulier, réfléchiraient à deux fois dans l’isoloir.
Timing erratique
Une source potentielle de nouveaux conflits, ou bien intensifiera ceux déjà en cours, est la feuille de route avancée par le chef de la HAT. Pour rappel, un « dialogue national » concocté par le pouvoir et programmé pour le 27, 28, 29 Mai prochain ouvre le bal du processus politique, déjà qualifié par la mouvance Madagascar d’unilatéral et non-inclusif. En principe, celui-ci devrait accoucher d’un projet de loi fondamentale qui sera soumis à un referendum fixé pour le 12 Août prochain. A cet égard, le flou demeure sur le futur code électoral qui devrait régir tous les scrutins à venir. Le dossier sera-t-il discuté lors de ces assises, ou bien d’autres instances y pourvoiront ? En tout cas, un document d’une telle importance ne doit pas laissé à la seule CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante). Ensuite viennent les élections législatives supposées se tenir 30 Septembre 2010. Enfin, il y aura les présidentielles prévues se dérouler le 26 novembre 2010 qui clôtureront ce processus initial de la mise sur pied des institutions de la IVème république. Pour les plus optimistes, ce programme reflète un changement d’axe qui tient compte des desiderata de plusieurs entités de la société civile. Les sceptiques, au contraire, y voient la confirmation de l’instabilité du régime qui navigue à vue. Sans trancher pour l’un ou l’autre position, c’est l’extrême justesse du timing qui fait le plus tiquer pour un processus sensé préparer l’avenir. Est-il possible de concentrer une telle densité de programmes en un si court laps de temps sans verser dans la médiocrité? Une perturbation de ce timing n’est même pas à exclure au vu des possibles changements du contexte politique. S’il est vrai que la situation ne s’apprête pas à la tergiversation, la chose ne doit pas être prise à la légère car cela engage le futur de la nation. Ce dialogue national risque encore d’être une large farce, à l’instar du « Teny Ifampierana, » au cours duquel l’on rediscutera ou avalisera les résolutions des précédentes assises. S’il y a une certaine logique de continuité, le processus pèche par son « unilatéralisme » et du coup lui ôte la pleine légitimité. Une des principales reproches émises envers le pouvoir transitoire concerne l’indépendance véritable des institutions. Ce « dialogue national » est déjà sous les feux des critiques à cause de sa prise en charge par l’Etat. « Pour être vraiment crédible, celui-ci devrait être organisé uniquement par la société civile » avance M. Tovonanahary Rabetsintota, un politicien local connu. Souhait louable mais difficile à réaliser dans l’actuel contexte où aucune institution n’est à l’abri de la politisation. A cet égard, l’image des membres de la CENI faisant une conférence de presse sous la photo officielle (agrandie) du leader de la HAT constitue tout un symbole.
Décision unilatérale et non-inclusive ?
Contrairement aux dires des thuriféraires du régime, la décision du dirigeant de la transition de renoncer aux élections présidentielles n’est pas synonyme de paix retrouvée. Car la situation sociopolitique actuelle est devenue extrêmement complexe. Les avis sont d’ailleurs partagés. Comme il fallait s’y attendre, les éloges si typiques de la culture politique locale ne tardent pas à fuser: « nous saluons une telle décision révolutionnaire en Afrique » affirme sans sourire M. Pierrot Rajaonarivelo. « Cela ne concerne que l’intéressé et ne fera pas évoluer la situation d’un iota » répondent du tac au tac les pro-Ravalomanana. Les raisons du revirement sont diverses. Il peut être inspiré par l’exemple du putsch au Niger qui a renversé le président-dictateur Tandja au mois de Février dernier. Le coup a pu être « digéré » par l’Union Africaine avec l’assurance que son initiateur (le chef d’escadron Salou Djibo) ne se présenterait pas aux élections présidentielles. L’on se rappelle du tollé général des partisans de la HAT qui crièrent au « deux poids, deux mesures » de la communauté internationale sur cette affaire. Ensuite, la décision de M. Rajoelina pourrait bien cacher d’autres manœuvres qui s’appuient sur la durée. Bref, à cause de son caractère flou et non-dénué d’arrière-pensées, ce « sacrifice volontairement consenti, » risque à terme d’engendrer davantage de confusion que d’ordre